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Descente aux enfers d'un enfant au Québec

La descente aux enfers d'un enfant franco-canadien (né au Québec) victime d'une détection précoce erronée au Québec en garderie par des personnes incompétentes. Tout ça pour un problème de vision!


Lost in translation

Publié par Descente aux enfers au Québec sur 31 Août 2014, 05:18am

Catégories : #8. Plus jamais ça!

 

 

 

C’est  une expression signifiant que lorsqu’on traduit une phrase par exemple, la signification originale ne peut être traduite parfaitement en utilisant une suite de mots équivalents dans la langue cible. Il faut alors reformuler la phrase pour qu’elle ait du sens dans la langue cible.

 

Avoir du sens et quand on parle la même langue, peut-on ne pas saisir la signification profonde d’une expression, d’une blague ou d’une habitude et encore les non-dits ?

 

La réponse est positive, outre les variantes de la langue française entre les pays francophones,  il existe également des habitudes, coutumes, blagues, non-dits très différents en fonction de la culture d’origine. On appelle cela les implicites culturels (entre autres). Je n’ai jamais considéré qu’il y avait une langue française meilleure que l’autre, par contre, je trouve dégueulasse que certains aient profité de notre ignorance des habitudes québécoises pour nous piéger ou piéger Grégoire.

 

Il a été dit dans la garderie perverse que Grégoire ne comprenait pas les blagues québécoises, donc la directrice a supposé qu’il comprenait les blagues qu’au premier degré. C’est une marque d’incompétences étant donné qu’un enfant d’origine étrangère baigne dans une autre culture (Grégoire avait baigné dans les milieux bilingues et avec des parents français), donc il a des référents culturels différents. D’ailleurs, c’est la même chose entre les différentes régions au Québec comme en France. Je parle ici d’un adulte. J’ai eu l’occasion d’enseigner le français en Europe du Nord et en Russie à des enfants ayant le français comme langue maternelle ou apprenant le français dans des écoles spécialisées en langues étrangères depuis tout petit. Ils parlaient français (et une autre langue) et vivaient dans un milieu non francophone. Il m’est arrivé de vouloir faire un peu d’humour. J’explicitais toujours le contexte de la blague à des enfants de 8 à 12 ans. Si l’un n’avait pas compris ce que je voulais dire,  je n’aurais pas été imaginée qu’ils comprenaient les blagues qu’au premier degré. Grégoire n’avait que 5 ans. Lorsque lors de mes plaintes, j’ai expliqué cette différence, je n’ai pas eu d’échos. Les paroles d’une directrice sont des paroles d’évangile. Conclusion : la garderie P continue de mettre des étiquettes sur des enfants en santé mentale et personne ne fait rien.

 

Lorsque Grégoire a commencé l’école au Québec, je me suis toujours demandé pourquoi les parents tremblaient devant la grille en espérant que leur enfant s’intégrait bien. Quel est le problème lorsqu’un enfant commence l’école à 5 ans qu’il éprouve des difficultés d’intégration les premiers jours ? Les institutrices sont formées pour les accueillir. Ce que j’ignorais probablement, c’est que la directrice allait vite en besogne en matière de plans d’intervention et attrapait les enfants dès les premiers jours. Comment pouvions-nous le savoir ? Nous débarquions dans une nouvelle ville à côté de Montréal. J’entendais partout l’importance de l’entrée à l’école, mais j’étais loin de me douter que l’école faisait des plans d’intervention son fonds de commerce. J’imaginais Grégoire accueilli par une maîtresse sympathique qui allait l’intégrer. Oui, nous aurions pu dialoguer avec ces gens. Mais dialoguer avec des gens ayant des idées préconçues compte tenu d’une transmission d’infos erronées était impossible. Comme le disait la psychoéducatrice de l’émission radio, un problème de santé mentale rapporte de l’argent, et c’est la priorité de l’école, même si la difficulté relève d’un problème visuel.  Pour moi, dialoguer avec ces gens n’avait donc aucun sens, puisque nous avions des priorités différentes. On a perdu plus de deux ans et demi à cause de ces incompétents : ophtalmos, pédiatre, enseignants et le pompon, la garderie perverse. Sommes-nous mal tombés ? Rester au Québec pour nous n’avait aucun sens : pas de possibilité d’approfondir ce dont Grégoire souffrait, pas de possibilité de dialoguer de manière constructive sans mettre sur le tapis un diagnostic erroné, pas de possibilité de trouver les bonnes réponses et les solutions...

 

Aller en France a été une sacrée coupure, mais ça avait du sens. Le sens de découvrir les effets secondaires des difficultés de Grégoire, la motricité (résultant d’un problème visuel détecté depuis l’âge de deux ans et demi, mais non approfondi ce qui maintenait ces difficultés). On a écarté relativement facilement les hypothèses diagnostics québécoises (aujourd’hui là où en est rendu Grégoire, on en rigolerait presque). Ils ne se sont attaqués en France qu’aux conséquences, problèmes de motricité. Par contre, là où ça n’avait pas de sens, c’est qu’on s’est retrouvés dans un village à la mentalité étriquée ne comprenant pas totalement ce qui nous était arrivé.

 

Il m’a fallu des mois pour recouper notre histoire, faire diligenter des enquêtes administratives, comprendre les tenants et les aboutissants, ce qui avait été communiqué à qui, comment et pourquoi ? Je n’ai pas eu la totalité des réponses, mais pour moi, il fallait reconstituer tout ce gâchis, cet argent dépensé pour rien. C’était l’étape décisive de la reconstruction.

 

Aller en Ontario était alors la seule solution qui s’offrait à nous. Il fallait en outre trouver une professionnelle triée sur le volet (bien oui, on est très prudent depuis). De toute façon, à Montréal, ces professionnels n’étaient pas disponibles, mais en Ontario, on a trouvé grâce à un réseau la bonne personne. Puis, il y avait le reste, expliqué dans ce blog... Pour moi, ça n’avait aucun sens de nous installer dans une ville où nous avions tant souffert, dans une province dont le réseau de santé ne nous convenait pas (en matière d’ophtalmologie et de médecins de famille).

 

Ca avait du sens de reconstruire ailleurs au Canada. Ca avait du sens de poursuivre les investigations sur les problèmes visuels de Grégoire. Ca avait aussi du sens de tout faire pour tenter de les améliorer une fois qu’on a mis le doigt sur le problème. Grégoire a retrouvé ses capacités en motricité fine et globale, la joie de vivre. Les prochains défis sont l’apprentissage de l’anglais et l’amélioration de la fluidité en lecture d’un point de vue visuel en faisant des rééducations pour cette dernière. Je croise les doigts parce qu’une rééducation adaptée (enfin quelqu’un qui a correctement évalué les difficultés visuelles de Grégoire au moment de la lecture) pointe son nez. Nous mettons tous nos espoirs là-dedans. Je l’espère enfin que ce sera le début de la fin des combats et la préparation à la scolarisation dans un milieu bilingue.

 

 

 

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