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Descente aux enfers d'un enfant au Québec

La descente aux enfers d'un enfant franco-canadien (né au Québec) victime d'une détection précoce erronée au Québec en garderie par des personnes incompétentes. Tout ça pour un problème de vision!


Le dilemme des professeurs au Québec ou comment le système les fait fonctionner!

Publié par Descente aux enfers au Québec sur 21 Septembre 2014, 04:24am

Catégories : #5. Condamner et témoigner

J’ai lu cet article de blog écrit par une prof d’école primaire. Je ne veux pas non plus lui jeter la pierre, parce qu’elle aussi est indirectement victime du système de santé défaillant.

http://joyeusescatastrophes.com/les-coupures-portent-noms/

J’ai d’abord été en quelque sorte scandalisée par le passage suivant :

« Antoine a 6 ans.  Il entre en première année.   Il est beau comme un cœur.  Il a un visage rond et des cheveux qui explosent. Antoine est un gentil garçon.  Il est aussi très intelligent : il compte jusqu’à trillion huit et divise des nombres décimaux.   Il sait lire.  Il l’a appris tout seul. Pourquoi alors, quand je lui demande de sortir son cahier rouge et de mettre ses souliers ne peut-il pas s’exécuter sans mon aide? Pourquoi semble-t-il tellement perdu lorsque je l’interpelle?  Pourquoi crie-t-il si fort lorsqu’un autre enfant l’accroche au passage? Comment a-t-il fait pour se perdre entre le local d’anglais et la cafétéria, alors que tous les élèves marchaient en rang, les uns derrière les autres? J’enseigne depuis plus de dix ans.  Je ne suis pas spécialiste mais je sais reconnaître un trouble du spectre autistique.  J’en ai vu beaucoup. Antoine est un enfant aimable.  Pourtant, il ne va pas vers les autres.   Il parle des fusées.  Constamment.  Il connaît tous les détails des missions Apollo.  Il rêve de rencontrer Neil Armstrong.    Il apprend différemment.  Il socialise différemment... Oh! Bonheur!  Les parents se rallient à moi!  Ils sont d’accord avec mes observations.  Ils croient aussi qu’Antoine a besoin de soutien pour réussir.  D’autant plus qu’il se révèle être une cible parfaite pour les enfants meurtris qui intimident pour se sentir vivre. »

Jusqu’à là, rien de bien nouveau sous le ciel du Québec, la prof fait ses propres hypothèses, en parle aux parents ou les oriente. Pouquoi n'y voit-elle pas un enfant précoce (qui maladroitement tente de se valoriser tant bien que mal surtout dans un milieu où il ne s'adapte pas) ou un enfant dyspraxique, mais bien un enfant autiste ? De toute façon, pour l’école, la dyspraxie et la précocité ne font pas partie des « cotes » du ministère de l’Education du Québec, donc l’enfant ne recevra pas d’aide pour ces deux derniers.

La suite est intéressante : « Que devons-nous faire pour avoir des services?  Me demandent les parents, si bien disposés.

La réponse est sans équivoque :

-            Il lui faut un diagnostic.

Pas de rapport d’évaluation, pas de subvention, pas de services.  Ainsi va la vie. »

Ca se passe comme cela en Amérique du Nord. Un diagnostic à tout prix pour obtenir du service public (puisque l’école doit fournir l’orthophoniste, l’érgo et compagnie). Vous voulez vous rendre chez une ergo ou une ortho, c’est 100$ de l’heure, remboursé exclusivement par des assurances privées à hauteur d’environ 5 séances par année. Pas la moitié des parents, surtout les plus modestes n’ont pas d’assurance privée.

La prof explique ce qui se produit au Québec notamment :

« Mais voilà que les problèmes surviennent.   Les parents d’Antoine se heurtent à une porte close.  Puis une autre.  Et une autre encore. Au CLSC comme à l’Hôtel-Dieu,  il faut jusqu’à deux ans d’attente pour une évaluation.  Mais il y a pire : personne n’accepte de mettre Antoine en liste.  Son cas n’est pas jugé « suffisamment sévère ». Bref, les parents vont faire une évaluation au privé (les cliniques privées d’évaluation ne comportent quasiment pas de médecins), mais des psychologues et autres éducatrices spécialisées qui ne se fieront que sur les aspects extérieurs (les symptômes).

La suite est intéressante également : «  Après quelques mois,  le diagnostic tombe, l’autisme est confirmé.  Rien que nous ne savions déjà à vrai dire…  Mais bon, le papier officiel le dit! » Cela signifie que l’autisme a été confirmé pour ce petit garçon, ce n’est pas à moi de juger là-dessus. Mais les écrits de la maîtresse, ce qui est insufflé aux parents n’ont-ils pas orientés dans ce cas précis vers ce diagnostic ? La précocité ou la dyspraxie par exemple a-t-elle été envisagée ? Non, ça prend des neurologues pour identifier la dyspraxie, pas vraiment de psychologues. D’autres pistes ont-elles été envisagées ? Je n’ai pas de réponse, mais je suis inquiète. Pas pour ce petit garçon en particulier, mais pour tous les autres enfants. Ce qui m’inquiète, c’est le cheminement, le processus, le rôle décisif finalement de l’enseignante et l’orientation qu’elle donne au diagnostic de l’enfant et surtout l’impossibilité pour les parents d’aller chercher des spécialistes étant donné le système de santé défectueux du Québec. Ca ne scandalise personne, moi si !

Disons ailleurs, dans une autre province canadienne où il n’est pas si difficile d’avoir un médecin de famille, une enseignante oriente un diagnostic (je ne sais pas s’il s’y avise parce qu’il peut y avoir des plaintes auprès de l’Ordre), les parents peuvent éventuellement se retourner vers le médecin de famille qui connaît sûrement mieux les processus qu’une enseignante. Suivant les plaintes de l’école, mais aussi surtout si les parents reconnaissent leur enfant dans ces plaintes, celui-ci peut proposer des avenues (cheminements) beaucoup plus efficaces et plus justes. En outre, même si certaines évaluations ont lieu au privé, le médecin de famille pourra mieux piloter le cheminement. En plus, s’il connaît l’enfant depuis longtemps, il pourra probablement trouver d’autres pistes que celle évoquée par l’enseignante. Au Québec, cela devient de moins en moins possible d’accéder à un médecin ; alors d’autres « professionnels » se substituent à eux.

Si les enfants ont de petits problèmes, ça empire et ça devient bien plus difficile à résoudre.

Pour revenir au médecin de famille, je le dis dans ce blog, nous en avons trouvé un qui avait du bon sens (en Ontario) : pour Grégoire, c’était bien beau de parler de dysgraphie (trouvée en France après avoir éliminé le diagnostic maison de la garderie québécoise de Grégoire), mais le nôtre a su nous dire : est si effectivement ça venait de la vision ? Il nous a trouvé un ophtalmo en moins d’un mois (j’avais déjà un nom de la part de parents d’un cours de gym), nous a fait remplir un dossier, nous y avons joint les bilans de la dysgraphie... et le miracle s’est produit. Grégoire a fait des progrès phénoménaux grâce à un changement de lunettes. Il ne faut pas oublier que Grégoire a été maltraité par le CPE en raison de leurs délires (ça s’est fait de façon beaucoup moins douce que la prof de ce blog).

La prof a un dilemme : faire en sorte qu’un enfant reçoive un diagnostic ou pas d’aide du tout ! C’est-à-dire si l’enfant n’a pas de diagnostic ou plus précisément un diagnostic établi par le ministère de l'Education, il ne pourra obtenir de services à l'école et consulter une orthophoniste ou une ergo sans que les parents doivent payer des milliers de dollars de leur poche et avec des listes d’attente de plus de 6 mois à Montréal, même au privé. C’est loin d’être comme en France où la moitié d’une classe va voir l’orthophoniste au privé et où la sécurité sociale les rembourse... Sans compter les orthophonistes gratuites et les psychomotriciens (pas toujours compétents dans le public) dans les organismes publics. On a un rendez-vous avec le médecin dans la journée, remboursé au minimum à 70 %. Oubliez cela, vous êtes en Amérique du Nord.

Les profs sont pris au piège, parce qu’ils ont probablement des enfants qui traînent diverses allergies, maladies ou autres problèmes visuels, sans compter les problèmes de santé mentale (ils sont vraiment un eu trop nombreux à mon goût et ce, sans justification à part que beaucoup de problèmes sont mis sur le compte de la santé mentale) et qui sont mal soignés. Il faut savoir que 3 heures d’attente dans une clinique découragent forcément les parents. Les visites expresses ne permettent pas de détecter les petits problèmes qui vont en s’empirant !

Revenons à cette prof du blog : Eh bien, je lui ai posé un commentaire : Je précise que j’aime bien son article parce qu’elle dit tout haut ce que les autres font par derrière. En outre, elle parle des enfants qui subissent des coupures de services du gouvernement...

J’aime bien votre article, mais je suis inquiète quand vous dites « J’enseigne depuis plus de dix ans. Je ne suis pas spécialiste mais je sais reconnaître un trouble du spectre autistique. J’en ai vu beaucoup. » Je croyais que ça prenait une équipe multidisciplinaire avec des examens en orthophonie, ergo, psychologique et des médecins pour déterminer les TED ». Je sais que les listes d’attente sont longues et que pour une enseignante, le travail est difficile. Une enseignante, si elle a des doutes, à mon avis doit rester très prudente. Parce que si elle est convaincue que l’enfant est porteur d’un TED, elle influencera inconsciemment dans ses écrits, sa façon de voir l’enfant, tous les comportements de celui-ci seront interprétés dans le sens du TED. Sauf que d’autres avenues ne seront pas explorées et c’est là le danger parce que les parents ne seront pas acheminés pour voir le bon professionnel. Le problème, c’est le manque de ressources, le manque de médecins, le manque de professionnels. Dans les cas même les plus extrêmes, les agissements de certains enseignants/éducateurs en garderie peut endommager sérieusement l’enfant si ceux-ci veulent se persuader que l’enfant est TED et que les parents sont dans le déni comme vous dites parce qu’ils veulent explorer d’autres avenues. Sauf que les parents connaissent leur enfant depuis la naissance et le professeur a l’enfant au milieu d’une classe de 24 (ou de 8 en garderie)… Je sais d’un autre côté que la situation risque d’être insupportable pour vous et je le comprends si aucune n’intervention n’est efficace, parce que le problème relève d’un véritable problème médical réel ne relevant pas de la santé mentale. Comme pour les professionnels des écoles, le médecin de famille manque terriblement, ce qui empêche les parents d’être acheminés au bon endroit. Comment « reconnaissez-vous un enfant TED » dans votre classe?

Sa réponse : « Je comprends très bien votre point de vue. Vous avez raison, il faut rester prudent. Il est très clair pour moi que je n’ai pas les connaissances nécessaires pour faire les diagnostics. Toutefois, en l’absence de démarche, c’est inévitable, on finit par se faire une idée de la problématique. Se sont plusieurs petits détails qui m’amènent à suspecter un TED… N’oubliez pas que nous passons plusieurs heures par jour avec eux! Principalement, lorsque l’enfant n’entre pas de lui-même en relation avec les autres, lorsqu’il perçoit de manière souvent erronée les intentions, lorsqu’il ne semble pas attentif en classe mais performe tout de même de manière impressionnante, lorsque « sa bulle » semble anormalement sensible, lorsqu’un enfant ne fonctionne que si la routine est en béton, etc, etc… Évidemment ils sont tous différents. Ceci dit, je ne souhaite pas pouvoir poser les diagnostics, je souhaite que les ressources soient suffisantes pour que je n’ai pas à me faire une idée moi-même! La prudence est de mise, j’en conviens. »

Je suis indignée par une telle situation. Je ne jette pas la pierre à la maîtresse forcément, mais il ne faut pas oublier ce qu’un diagnostic maison de la garderie de Grégoire (et la transmission de renseignements erronés à l’école) ont eu sur l’enfant, sur notre vie. Les 2 à 3 ans de retard pour améliorer considérablement sa vision. Si nous étions restés au Québec, toutes nos démarches auraient été vaines.

Les enseignants fonctionnent avec les moyens du bord, mais cette façon ne me convient pas du tout ! Si c’est arrivé à Grégoire, c’est également arrivé à d’autres.

 

 

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