Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Descente aux enfers d'un enfant au Québec

La descente aux enfers d'un enfant franco-canadien (né au Québec) victime d'une détection précoce erronée au Québec en garderie par des personnes incompétentes. Tout ça pour un problème de vision!


Écouter ce que nos enfants ont à dire...

Publié par HistoiredeGrégoire sur 28 Avril 2014, 01:58am

Catégories : #8. Plus jamais ça!

Cela peut paraître peu logique, mais quand l’enfant est dans le collimateur d’un étiquetage, personne n’écoute ce qu’il a à dire.

Au cours de notre court parcours québécois, personne n’a posé la moindre question à Grégoire. Il était comme ceci, toujours des symptômes que nous ne lui connaissions pas, il avait du mal à tenir un crayon et des ciseaux, il avait envie de faire un casse-tête qui était trop difficile pour son âge,  on le lui a refusé en disant qu’il était incapable de le faire ; bien entendu, Grégoire avait l’impression qu’on le prenait encore une fois pour un imbécile. D’ailleurs, on le qualifiait de « fou » dans le CPE où il se trouvait. Bon, il avait 5 ans... On ne se rendait pas vraiment compte de la situation qu’il subissait à l’époque, le milieu malsain dans lequel il se trouvait...Pourquoi la professionnelle 1 ne lui a pas posé la question : « serais-tu capable de faire ce casse-tête ? » , « veux-tu essayer ? » ou élargir la conversation « aimes-tu faire des choses difficiles ? ». Au lieu de cela, elle essayait de prouver par X ou Y les théories de la garderie : - il avait des difficultés motrices, il ne tenait pas bien son crayon... mais il était calme et coopératif, jusqu’à ce qu’il y ait frustration (lorsqu’on lui a empêché d’essayer le casse-tête qui n’était pas pour son âge). Donc, on a rajouté en plus les frustrations... sans préciser dans quel contexte et pourquoi il était frustré. En gros, on l’avait probablement empêché de se valoriser et pour lui, c’était une occasion unique. D’ailleurs, il avait un langage assez élaboré à l’époque... Un jour, il a employé un passé simple à la garderie. On m’en a fait la remarque et on a trouvé cela étrange. Le soir, on lui lisait des livres, surtout des contes et à quel temps sont-ils écrits ?  C’est au passé simple. Le gamin a reproduit une fois un verbe mal conjugué... pourtant, il était loin de s’exprimer comme cela. Il n’y a pas une seule personne qui lui a demandé quoi que ce soit, pourquoi il s’énervait, pourquoi il était anxieux et à quel moment. Si pendant telle ou telle activité, il se sentait bien... Pourquoi n’a-t-on simplement pas discuté avec lui à ce moment-là ? Au lieu de dire, il ne tient pas bien son crayon ou ne sait pas découper, on aurait dû lui faire exprimer qu’il était mal à l’aise à ce moment-là, même chose quand il mettait son manteau ... il doit bien exister des moyens quand même de faire s’exprimer un enfant de 5 ans.  Les orthopédagogues avec qui j’ai communiqué par Internet ont eu l’air de dire qu’elles auraient probablement pu détecter ce genre de problème (motricité fine). Nous ne connaissions pas cette profession à l’époque, inconnue en Europe. D’ailleurs, on ne peut pas dire qu’il ait appris grand-chose pendant cette période depuis la garderie Montessori. À part qu’on lui disait qu’il était incapable de comprendre les blagues québécoises... J’aurais aimé les voir comprendre les bonnes blagues de chez moi. Grégoire venait d’une garderie internationale et je n’ai pas le souvenir que ses éducatrices haïtiennes ou africaines ou encore anglophones lui racontaient de bonnes blagues.

Pas un moment, on ne s’est entretenu avec lui et on n’a écouté ce qu’il avait à dire. Avec nous d’ailleurs non plus, on nous posait des questions et on ne nous écoutait pas.  Les questions étaient toujours orientées de manière à essayer de prouver ce que la garderie avait décrété.  Toutes nos réponses étaient interprétées dans un certain sens. Avec le recul, il aurait été facile de nous dire que Grégoire avait, entre autres, des problèmes de motricité.

A l’école, non plus, on ne nous a pas écoutés, ni lui, on ne l’a pas questionné. Alors on s’en est allés.

Notre parcours français a été celui du soulagement et de la prise de conscience.

Les 15 premiers jours, lorsqu’il a subi les premiers tests dont les 8 jours d’observation... on a compris pas mal de choses, mais surtout qu’on était loin de ce que racontait la garderie québécoise. Par contre, le changement de pays et le fait d’être évalué selon des normes françaises (pour un gamin né au Québec et qui y a vécu toute sa vie) a sous-évalué ses capacités. On a pu déterminer qu’il avait un retard énorme de motricité (première fois que ce mot a été prononcé devant nous) et qu’il était impulsif à certains moments (comme par hasard les tâches de focalisation, on sait pourquoi aujourd’hui). Par contre, je reproche à la personne son manque d’écoute par rapport à Grégoire... Bon, le gamin était traumatisé, perdu au milieu de nulle part (on a débarqué près de ma belle-famille) dans une région qu’il ne connaissait presque pas, séparé de son père qui ne lui lisait plus les livres le soir...  ce qu’il avait subi à la garderie et dans une moindre mesure à l’école lui pesait beaucoup... syndrome post-traumatique ? Je n’en sais rien.

Puis pour la première fois, un spécialiste (en libéral) lui a posé des questions ciblées et l’a fait dessiner. Grégoire a dessiné un avion ; il dessinait vraiment mal, mais il n’avait oublié aucun détail. Il venait de prendre l’avion et expliquait au médecin les différentes parties. Bon, on s’était intéressés pas mal aux parties de l’avion parce que la compagnie aérienne fournit aux enfants de petits livrets. Grégoire prenait aussi beaucoup l’avion depuis des années. Pour la première fois, on écoutait ce qu’il avait à dire... puis nous avons été envoyés chez d’autres spécialistes pour des tests : ils ont discuté avec lui, il a eu confiance et ils ont détecté un excellent QI, mais de gros gros problèmes de motricité... Nous avons revu ce monsieur plusieurs fois et Grégoire faisait des dessins différents (un cimetière à la période de la Toussaint ; malheureusement, une personne de la famille avait fait l’erreur de l’y emmener puis des pompiers, métiers exercés par certains membres de la famille).

Pendant tout notre parcours français, il y a eu des hauts et des bas, des gens qui l’écoutaient, d’autres qui avaient leurs idées. Globalement, nous avons su où nous mettions les pieds parce que les associations de parents (dyspraxiques, mais fantastiques entre autres) nous ont bien guidés et nous allions en libéral (au privé). Grégoire a fait un bond formidable en expression orale (il était déjà bon)... Par contre, il avait le droit de s’exprimer au lieu d’être considéré comme un sujet d’étude sur lequel on regarde des symptômes superficiels, qu’on note sur un calepin et puis après qu’on consulte la dernière formation donnée à quoi ils correspondent. Il a eu aussi le droit d’être lui-même et il en a largement profit, le droit à l’imaginaire, à la créativité... ce qui est fortement incompatible avec le système d’enseignement public québécois élémentaire et plus généralement nord-américain.

Nos enfants ne sont pas des robots.

Le parcours ontarien a été plus léger, parce que le gros du problème avait été défriché en France et que nous avons choisi par la suite des personnes en fonction de critères très sélectifs. Il a développé une excellente complicité avec son ergo anglophone qui après un an et demi avait considérablement amélioré son français. Nous avons rencontré des gens qui s’intéressaient à lui. Par contre, dès lors que nous rencontrons une personne qui ne correspond pas à nos critères, on la laisse tomber immédiatement. C’est arrivé peu de fois, mais je ne supporte pas cette mentalité où l’enfant est un simple sujet d’observation et pas un être humain. En outre, je ne supporte pas qu’on considère sa vision comme un problème secondaire, parce que c’est la RAISON principale de tous ses ennuis. Par contre, plus personne n’a raconté autant de conneries qu’à Montréal.

Au fur et à mesure du temps, j’ai trouvé dans des conférences essentiellement, des gens qui avaient de bonnes idées, avec pas mal d’intervenants québécois notamment. Donc, non, ce ne sont pas tous les professionnels québécois qui considèrent les gamins comme des objets qui doivent répondre aveuglément à leurs consignes sans qu’ils s’adressent à eux directement et leur demandent de s’exprimer. C’est principalement dans le système scolaire public et de garderies... Sauf que ces conférenciers et professionnels exercent au privé et qu’ils ne sont pas présents dans les écoles ou garderies, là où il faudrait faire vraiment le ménage.

Écouter un enfant est, à mon sens très important. Écouter ce qu’il a à dire. A 5 ans, il est tout à fait possible de les écouter, même avant,  par des dessins ou les faire parler. Depuis longtemps, on aurait pu détecter le problème de Grégoire, pas forcément l’origine immédiatement, mais cerner le véritable symptôme, la motricité. Or personne n’a été capable de le faire à Montréal... et les listes d’attente, encore et encore, les problèmes d’accès à la médecine... C’est là où le bât blesse. Bref, choisissons des professionnels qui écoutent nos enfants, pas des gens qui observent des rats de laboratoire!

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Archives

Articles récents